Reuters - Mercredi 25/07/07, 00h00 PARIS (Reuters)
Le rapatriement à Sofia dans un avion de la République française des infirmières bulgares et du médecin d'origine palestinienne qui étaient détenus en Libye depuis huit ans est le dernier en date des "coups diplomatiques" du président Nicolas Sarkozy.
 La diplomatie des "coups d'éclat" de Nicolas Sarkozy |  Par Emmanuel Jarry Reuters - Mardi 24/07/07, 22h15 - PARIS (Reuters)
Le rapatriement à Sofia dans un avion de la République française des infirmières bulgares et du médecin d'origine palestinienne qui étaient détenus en Libye depuis huit ans est le dernier en date des "coups diplomatiques" du président Nicolas Sarkozy.
(Publicité) Au risque de se voir reprocher, sinon de voler au secours de la victoire, du moins de tirer la couverture à lui, il s'est de nouveau posé en aiguillon, voire en incarnation d'une diplomatie européenne qu'il souhaite plus active.
"On juge un arbre à ses fruits", souligne Emmanuel Altit, un des trois avocats français des infirmières bulgares qui étaient accusées d'avoir délibérément inoculé le virus du sida à des centaines d'enfants libyens dans un hôpital de Benghazi.
Pour lui, quels qu'aient été les efforts menés auparavant, il restera que les infirmières sont rentrées à Sofia, mardi, avec l'épouse du chef de l'Etat : "Elles sont rentrées avec Cécilia Sarkozy, donc son intervention a été déterminante."
A Paris, la majorité applaudit. L'opposition, contrainte de s'incliner devant le résultat, conteste la manière et reproche au chef de l'Etat d'avoir "récupéré" les efforts effectués avant par l'Union européenne.
"Nicolas Sarkozy adopte la stratégie du coucou, cet oiseau qui fait ses oeufs dans le nid des autres", déclarait ainsi l'ancien ministre socialiste Pierre Moscovici dans Le Parisien. "C'est un peu de la politique spectacle, du show. On essaye de récupérer ce que les autres ont fait. Car dans ce dossier, ce sont les Britanniques qui ont été en pointe en 2005, puis les Allemands en 2007, sans parler de l'Union européenne."
L'opposition reproche aussi à Nicolas Sarkozy d'avoir envoyé son épouse en première ligne en tant qu'émissaire personnel et s'interroge sur les concessions faites à la Libye.
Seul le résultat compte, a répliqué en substance Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré pendant la campagne présidentielle que la libération des infirmières bulgares serait une priorité de sa diplomatie s'il était élu.
"COUP D'ÉCLAT PERMANENT"
"Il faut maintenant mettre du pragmatisme dans les problèmes internationaux comme dans les problèmes nationaux", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à l'Elysée. "Qu'est-ce que nous demandent les Français ? D'obtenir des résultats."
"Qu'est-ce qui compte ? C'est qu'on ait des résultats, pas la théorisation sur ce qui se fait et ce qui ne se fait pas", a ajouté Nicolas Sarkozy, qui a affirmé que la France et l'UE n'avaient pas déboursé un euro et qu'il n'avait fait "aucune concession sur la question des droits de l'homme".
Il s'est aussi efforcé de corriger l'impression laissée par la première visite de Cécilia Sarkozy en Libye le 12 juillet, dont il n'avait pas informé à l'avance les dirigeants européens.
Il a ainsi pris soin d'associer l'UE à ce succès et multiplié les hommages à Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures, qui était cette fois du voyage, et au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avec qui il a dit avoir travaillé "main dans la main".
Les réactions des capitales étrangères, de Sofia à Washington, où le porte-parole du département d'Etat a salué un "développement très positif", ne peuvent que le conforter dans cette stratégie du "coup d'éclat permanent" - selon la formule du premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande - qu'il a adoptée depuis son arrivée à l'Elysée le 16 mai.
C'est ainsi qu'il a arraché, lors du Conseil européen de juin, un accord des 27 sur sa proposition de traité "simplifié" sur les institutions européennes, avec le soutien très actif, il est vrai, de la chancelière allemande Angela Merkel.
Début juin, il avait aidé Angela Merkel à convaincre le président George Bush d'accepter, au sommet du G8, de "prendre en compte sérieusement" un objectif chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre, même si cela n'était pas un engagement aussi ferme que souhaité par Paris et Berlin.
D'autres initiatives de Nicolas Sarkozy n'ont pas connu le même succès, notamment en faveur de l'indépendance du Kosovo ou de la cause de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, prisonnière des Farc, qui ne semble guère avoir avancé.
Son intervention du 9 juillet devant les ministres des Finances de l'Eurogroupe à Bruxelles - une première pour un chef d'Etat - pour défendre une politique économique et budgétaire critiquée par les principaux partenaires européen de la France, a également laissé des impressions mitigées.
Le lendemain, il remportait cependant un succès diplomatique spectaculaire avec la désignation par les 27 de son candidat à la direction générale du Fonds monétaire international, l'ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn.
Quant à l'accord sur la suppression de la direction bicéphale (franco-allemande) du groupe aéronautique européen EADS, scellé avec Angela Merkel lors d'un sommet informel sur le site d'Airbus à Toulouse, le 16 juillet, il est encore trop tôt pour en juger l'efficacité.
Mais il a sans doute permis d'éviter une crise entre Paris et Berlin sur un dossier industriel stratégique. |
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